02.04.2008

30 mètres de sarkozysme décomplexé au Stade de France

J'ai regardé la finale de la Coupe de la Ligue à la télévision samedi soir. Et la fameuse banderole n'a pas plus fait parler d'elle que ça, tout du moins au moment de la diffusion du match. Après, bien entendu, c'est une autre histoire, les alchimistes du montage en épingle ayant depuis fait leur oeuvre, un mécanisme qui a mené à la prestation très droite dans ses bottes de Michèle Alliot-Marie, hier soir, sur le plateau du "Grand Journal" sur Canal+, émission qui s'est encore une fois fait le docile relais de la communication élyséenne.

 

Entre temps, tous sont montés au créneau : élus du Nord-Pas-de-Calais, Gervais Martel, SOS Racisme... racisme ? Vous avez dit racisme ? Le mot est lâché. Pour ma part, le racisme a un sens précis, et j'ai du mal a voir dans cette banderole sur les Ch'tis autre chose qu'une tentative d'humour vache enduite de débilité crasse, l'application stupide de trois préjugés répandus sur cette région. Les Ch'tis chômeurs ? Le taux de chômage, généralement à deux chiffres, des anciennes cités minières en pleine crise est ce qu'on appelle un "marronnier", un passage obligé pour tout journaliste produisant un reportage sur cette région. Les Ch'tis pédophiles ? Le spectre de Dutroux – belge, donc pas loin – une louche de Fourniret – un Ardennais sévissant en Belgique, donc doublement pas loin – c'est plus qu'il en faut à certains pour considérer la chose comme acquise. Les Ch'tis consanguins ? Ce boulet est partagé par nombre de régions françaises. Je sais de quoi je parle, je suis Breton et j'y ai eu droit. Dernière ânerie : s'en prendre à une région dont la fierté est boostée par le succès du film de Dany Boon, qui par ailleurs est une merveille d'humour et de sensibilité (le film). Quoi qu'il en soit, en temps normal une telle banderole aurait été discrètement retirée sitôt détectée. Cela n'a pas été le cas samedi soir. Question : a-t-on choisi délibérément de laisser cette banderole au su de tous dans l'objectif de faire mousser l'affaire par la suite ?

 

Parmi les commentaires entendus ces quatre derniers jours, l'un d'entre eux me semble particulièrement cocasse : celle s'étonnant que l'arbitre n'ait pas fait arrêter la rencontre. On demande vraiment tout et n'importe quoi à l'homme en noir, à qui on reproche pourtant parallèlement de ne pas savoir gérer les acteurs du match sur le terrain et aux abords. Il est donc parfaitement logique d'exiger de sa part de tenir compte des actes se produisant dans les tribunes dans sa gestion du match. On n'est pas à une contradiction près...

 

Mais revenons à notre Ministre de l'Intérieur. Suivant à la lettre un plan de vol perfectionné par son prédécesseur Place Beauvau, Mme Alliot-Marie martèle, roule des mécaniques, enfonce des portes ouvertes avec l'indignation de la petite fille à qui on vient de piquer ses chocos. Des morceaux de la banderole des vilains nazillons anti-Ch'tis ont été récupérés et seront soumises à des tests ADN. Comme pour les vols de scooters, donc. Nous voilà bien rassurés.

 

Et la prévention ? La droite y pense. Mieux : elle l'a redéfinie à sa sauce. Interdictions de stade étendues, dissolution des groupes de supporters : la prévention n'existe plus en tant que telle, elle découle naturellement de la répression. C'est le grand bond en arrière. Mais le plus grave n'est pas là : le gouvernement actuel est rigoureusement incapable de gérer ce type de bêtises surgissant occasionnellement dans les stades. La cause de cette inaptitude est simple : ce sont la politique mené depuis six ans par la droite décomplexée et les dérapages plus ou moins contrôlés de Nicolas Sarkozy qui inspirent ce type de banderoles et qui, plus généralement, conforte les crétins dans leur crétinerie.

 

Les Ch'tis sont tous chômeurs, pédohiles et consanguins. Les gosses des cités qui s'agitent sont tous des racailles. Les Africains sont tous incapables de s'inscrire dans le cours de l'Histoire. Une logique, trois applications, dont deux issues de la vulgate sarkozyste. Notre nouveau président n'a, bien entendu, pas créé ces préjugés idiots avec ses petites mains, mais il ne manque jamais de leur rendre un vibrant hommage. Résultat : avec la droite décomplexée au pouvoir, le beauf d'extrême droite qui entache la réputation du Kop Boulogne se sent comme un poisson dans l'eau.

 

Parallèlement, les excuses que ne manqueront pas de se trouver les auteurs de l'infamant écriteau devraient ressembler comme deux gouttes d'eau à celles habituellement débitées par les petits soldats de la garde présidentielle. Après tout, les gosses des cités se traitent de racailles entre eux, pourquoi un ministre de l'intérieur s'interdirait-il de le faire ? Certains leaders africains sont d'accord avec le discours de Dakar, c'est bien la preuve que Sarkozy a vu juste. Les supporters de Lille et de Lens se lancent parfois des vacheries assez gratinées entre Ch'tis – comme cela est cité dans le Libération d'aujourd'hui – alors pourquoi un supporter parisien, en fin anthropologue, ne relaierait-il pas cet humour bon enfant ? Là encore, une même logique et trois applications.

 

Comment, dans ces conditions, pourrait-on imaginer que le gouvernement actuel pourrait régler le problème qui s'est posé, samedi soir, au Stade de France ? Autant confier la gestion du maquis à un pyromane...